Mars 2022 – Genève. Association.
C’est en février 2022 que tout a commencé.
À l’époque, j’étais en stage. Mon rôle était simple, presque banal : assurer le suivi administratif d’un étudiant nommé Dani, lui-même en stage d’immersion dans une association accueillant des personnes en situation de handicap. Dani avait 19 ans. Il était discret, poli, toujours volontaire. Au fil des semaines, une relation de confiance s’était installée entre nous. Rien d’anormal. Rien d’inquiétant.
Chaque jeudi après-midi, mon équipe participait à une activité de teambuilding d’environ deux heures. Dani le savait : pendant ce créneau, je n’étais pas joignable.
Le 6 mars, en revenant à mon poste, j’ai immédiatement senti que quelque chose n’allait pas.
Mon écran affichait une avalanche de notifications : plus d’une centaine d’e-mails. Des dizaines d’appels manqués. Tous provenaient du même contact.
Dani.
Mon cœur s’est emballé. J’ai ouvert le premier mail. Puis le second. Puis un autre. Les phrases étaient incohérentes, hachées, parfois illisibles. Mais certains mots revenaient sans cesse, comme martelés par la panique :
four
a l’aide
pitié
pitié
pitié
Je faisais défiler les messages, la gorge serrée, jusqu’à tomber sur celui qui m’a figée.
J’ai senti le sang quitter mon visage. Mes mains tremblaient lorsque j’ai appelé l’association.
La confirmation est tombée, froide, définitive.
Dani avait été retrouvé mort.
Coincé à l’intérieur du four de l’association.
Il avait 19 ans.
Après sa mort, l’équipe a sombré dans un silence lourd, presque maladif. Le deuil planait dans chaque pièce. Puis, très vite, quelque chose d’autre s’est installé. Quelque chose de malsain.
Lors de nos réunions, chaque présentation projetée à l’écran était perturbée. La photo de Dani apparaissait soudainement, sans raison, puis disparaissait aussitôt. Aucun fichier ne la contenait. Aucun membre de l’équipe n’admettait en être à l’origine.
Puis les appels ont commencé.
Un numéro inconnu. Plusieurs fois par jour. À chaque fois, la même chose. Dès que l’on décrochait, une respiration. Lente. Râpeuse. Puis un murmure, étiré, presque brûlé par la haine :
La ligne se coupait aussitôt.
Nous avons essayé de rationaliser. Des plaisanteries de mauvais goût. Du stress collectif. Jusqu’au jour où, en revenant de pause, nous avons retrouvé nos affaires sur les bureaux.
Carbonisées.
Noircies.
Comme si elles avaient été passées au four.
À partir de là, l’atmosphère est devenue irrespirable. Littéralement. La température montait sans explication. En plein hiver genevois, les thermomètres affichaient plus de 43 degrés. Des sifflements résonnaient dans la pièce, semblables à de l’air brûlant s’échappant d’un four industriel.
Un matin, sur un mur de l’association, nous avons découvert une inscription gravée au briquet, directement dans la peinture noircie :
« Dani vous voit. Satan. »
Depuis ce jour, rien n’a jamais vraiment cessé.
Chaque document lié à ce stage est instable.
Chaque image de Dani réapparaît, toujours au mauvais moment.
Et parfois, tard le soir, lorsque le bâtiment est vide, certains jurent entendre un sifflement… suivi d’un murmure étouffé, comme une voix enfermée derrière du métal brûlant.
Nous avons changé de locaux. Changé d’ordinateurs. Changé de numéros.
Mais pas lui.
Car Dani ne hante pas l’association.
Il hante ce qui l’a laissé mourir.
Et parfois, je me demande encore…
si le four est vraiment éteint. 🔥
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