Cauchemar à la belle étoile

A la même période de l’année, j’aimais inviter mes deux amies, Julie et Marie, venir dormir à la belle étoile dans le jardin de mes parents. Ils avaient la chance d’avoir un grand jardin arboricole tout autour de la maison, suffisamment protégé de la chaleur nocturne et clôturé par une palissade en bois pour cacher le moindre vis-à-vis.

Les nuits étoilées étaient toujours magnifiques.

Surtout pendant les grandes vacances.

Nous étions toutes les trois petites, pas encore dix ans, mais nous avions cette habitude depuis l’école primaire. Nous attendions toujours cette soirée d’été avec grande impatience car elle nous permettait de nous retrouver. Rien que nous trois, des paquets de gâteaux, des chamallow et autres bonbons ainsi que nos consoles portables.

Pour plus de sécurité, nous installions toujours notre tente non loin de la piscine autoportée, juste en-dessous de la fenêtre de la chambre de mes parents. Ainsi, ils pouvaient garder un œil sur nous, que nous soyons à l’entrée de la tente ou dans la piscine à nous rafraichir pour lutter contre la canicule.

Il devait être minuit passé, voire plus encore. Un chamallow dans le bec et les yeux rivés sur la console, je focalisais mon attention sur ma partie de Mario Kart. Julie, grande compétitrice dans l’âme, m’avait encore défié à la course. Elle incarnait toujours son personnage préféré, un Yoshi Jaune avec un pif si gros que je me demandais à chaque fois comment il pouvait voir la piste de course. Marie, elle, était partie se coucher depuis une bonne heure. Par moment, j’avais l’impression de l’entendre ronfler.

Ça me faisait rire.

Nous étions toutes les deux assises sur des poufs, juste à quelques mètres de l’entrée de la tente, éclairées par nos lampes anti-moustiques ainsi qu’une lumière d’ambiance que mes parents avaient rechargée pour l’occasion.

Nous n’avions pas grand-chose, mais nous étions heureuses.

Sans le vouloir, j’exultais face à ma victoire tout en manquant de m’étrangler avec mon chamallow : Julie venait de recevoir une carapace bleue en pleine figure, à moins de dix mètres de la ligne d’arrivée. Mon amie se laissa aller sur le pouf, dépitée d’avoir tant bataillé pour rien.

Je lui avais volé la victoire sur le fil !

Alors que j’allais la taquiner encore une fois, un bruissement au milieu des arbres fruitiers nous interpella. Prises d’un doute, nous baissâmes le son de nos consoles. Sans un mot, nous nous regardâmes du coin de l’œil. Nous tendîmes l’oreille, le cœur battant la chamade. Furtive, comme pour chercher à me rassurer, je jetai un regard sur le rez-de-chaussée de la maison ainsi qu’à l’étage : la maison était éteinte, donc mes parents étaient au lit.

D’abord, ce fut un silence lourd et pesant qui plana sur le tout jardin. Puis, le chant des grillons nous parvint à nouveau. Avec cette période caniculaire, ils chantaient de jour comme de nuit. Si par moment je trouvais cela très agréable, leur bruit continu pouvait parfois me taper sur le système.

Puis, à nouveau, le silence.

Tout autour de nous, les arbres frémissaient. Par moment, des bruits sourds nous parvenaient avant de s’étouffer. Dans un instant de lucidité, je compris qu’il s’agissait des fruits mûrs qui tombaient sur la pelouse, reconnaissable aux sons creux qu’ils émettaient.

Mais qu’est-ce qui faisait frémir les arbres ?

Le vent ? Il n’y en avait pas.

— AAAAHHHH !!!

Un cri de terreur raisonna et l’air tout autour de nous vibra. Julie et moi sursautâmes, surprises. Sans le vouloir, nous criâmes également, tétanisées et appeurées. Le cœur battant à tout rompre, je sentis ma gorge se serrer et mes doigts se geler. Peu à peu, mon corps se laissait submerger par la peur.

Venant rompre cette étrange angoisse, des larmes se firent entendre. Puis, le zip de la tente glissa sur la fermeture éclair de la tente. Là, Marie sortit un visage trempé de pleurs. Encore à demi endormie, elle peina à nous raconter ce qui lui était arrivé.

Une terreur nocturne d’après ses dires.

Et c’est elle qui avait crié en plein sommeil.

Trouvant la situation cocasse, nous nous mîmes à rire nerveusement, espérant nous rassurer comme nous le pouvions. Je me trouvais presque ridicule et honteuse d’avoir eu peur pour si peu. Pour rassurer Marie, et aussi parce que nous étions fatiguées, Julie et moi décidâmes d’aller nous coucher.

Le sommeil léger, je me tournai sur le flanc gauche puis le flanc droit, alternant nerveusement mes positions sur le revêtement synthétique du sac de couchage. Les mains crispées sur mon doudou lapin, je gardai les yeux fermés, contrôlant le flot de mes pensées trop troubles. Je finis par me mettre sur le dos, le regard rivés sur le sommet de la tente.

Rien à faire, je n’arrivais pas à dormir.

Un nouveau bruissement fit battre mon cœur plus fort. Le souffle court, et cachée derrière mon lapin, je me concentrai pour écouter.

Ça recommençait !

Tout autour de la tente, ça se déplaçait. Secouant les branches des arbres pour en faire tomber les fruits, les bruissements redevenaient à peine perceptibles avant de s’intensifier. Tétanisée, je me redressai, croyant me tromper sur ce que j’entendais.

Des bruissements, encore !

J’écarquillai les yeux. A mes côtés, Marie et Julie paraissaient dormir à poing fermé, ignorant tout ce qui était entrain de se tramer à l’extérieur de la tente.

Soudain, une branche craqua sous un poids inconnu.

Les grillons se turent.

L’air devint irrespirable.

Je crus mourir.

Là, au bout de mes pieds, le zip de la fermeture éclaire glissa sur l’entrée de la tente. Tétanisée, je vis la structure s’ouvrir sur l’extérieure, entravée par une ombre massive dont je ne parvenais pas encore à discerner les contours. Une puissante odeur de transpiration mélangée à celle de la cigarette m’emplit les narines. Mon cœur se souleva lorsque l’ombre apparut complètement à l’entrée de la tente.

La stupeur me gagna peu à peu.

Un homme, massif et imposant.

Les yeux révulsés et grognant d’extase.

Un doigt devant la bouche, il me fit signe de me taire alors qu’il glissait une main sur mon pied. Lorsqu’il se toucha un peu plus, un éclat argenté se projeta dans la nuit : une immense lame de boucher, longue et pointue.

— AAAAHHHH !!!

Les cris stridents de mes amies me ramenèrent à la raison. L’inconnu, aussi surpris que moi, écarquilla les yeux tout en ayant un mouvement de recul. Profitant de la confusion, je jetai la lampe d’ambiance au visage de l’homme.

Un son creux retentit.

L’homme abaissa sa lame dans un éclair silencieux et aveuglant. Dans un réflexe salvateur, Marie se jeta sur le côté. Emporté dans son élan, l’inconnu éventra la tente. L’ouverture était assez grande pour que mes amies et moi-même puissions-nous glisser au travers.

Courant à travers le jardin pour rejoindre la maison, nous écartâmes les branches des arbres, ignorant la douleur sous nos pieds. Mais derrière nous, l’homme n’avait qu’à faire un pas pour couvrir la même distance que nous. Plus nous courions, plus il exultait d’excitation.

Maladroite, et comme dans tous les mauvais films d’horreur, je tombai au pied de la piscine autoportée. Avant que je ne puisse me retourner, l’ombre de l’homme se projeta dans mon dos, découpée par la lune. D’une main ferme, il m’agrippa la cheville. La douleur me fit crier mais cela ne suffit pas à arrêter l’homme.

Le cœur battant la chamade, voyant ma dernière heure arrivée, je fixai cette lame brandie au-dessus de sa tête, prête à me frapper en plein cœur. Je me sentis fondre dans mon pyjama, terrorisée par la situation.

Avant qu’il ne puisse faire un mouvement de plus, une lumière lui flasha la figure. Elle provenait de mon dos : mes amies avaient attrapé leur lampe de poche pour la diriger directement dans les yeux de mon agresseur.

Furieux et désorienté, l’homme abaissa encore une fois son arme. Cette fois-ci, il éventra la piscine qui déversa son eau dans une vague soudaine et puissante. La force générée suffit à le repousser et à ce qu’il relâche son emprise sur ma cheville. Assise dans la pelouse détrempée, je peinais à comprendre ce qu’il se passait. Il fallut que Marie et Julie viennent directement me chercher pour que je puisse reprendre mes esprits.

Puis, les lumières de la maison de mes parents s’allumèrent. Là, mon père déboula, habillé d’un simple pantalon de pyjama et armé de sa carabine de chasse. Sans réfléchir et n’écoutant que son instinct, il s’interposa entre l’inconnu et moi. A peine eut-il le temps de le mettre en joue que ce dernier jeta sa lame vers mon père.

Soudain, un trait de rouge se dessina derrière l’épaule de mon paternel. La lumière émise de la cuisine sublima la pointe du couteau venue lui perforer la peau. Mais la réponse de mon paternel ne se fit pas attendre. Il pressa la détente.

Le fusil cracha un panache flamboyant.

Le coup de feu claqua dans la nuit.

Histoire écrite d’après le texte original de U/ Prestila

submitted by /u/Pi2ChouFleur
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