L’inquiétante tendresse de mon frère – Partie 2 : La boîte

(Partie 1 : https://www.reddit.com/r/Horreur/comments/1l84rat/linquiétante_tendresse_de_mon_frère/)

Depuis que j’ai trouvé cette boîte devant ma porte, je dors mal.
Elle est toujours là, posée sur ma table de cuisine. Fermée. Je ne l’ai pas ouverte. Je ne peux pas. Quelque chose me dit que dès que je l’ouvre, tout changera. Comme si ce n’était plus seulement de la peur, mais un point de non-retour.

Je n’ai pas appelé Lucas. Je n’ai rien dit à ma mère non plus. J’ai juste verrouillé chaque issue de l’appartement, changé le code de la porte d’entrée, fait installer une alarme. Mon copain, Thomas, est en déplacement pour le travail jusqu’à la fin du mois, et je n’ai pas osé lui parler de tout ça. Il me dirait que je dramatise, que Lucas est juste « un peu bizarre » et qu’il faut arrêter de voir des films d’horreur partout.

Mais ce n’est pas un film.
C’est réel.
Et c’est là, sous mes yeux.
Cette boîte. Ce fichu 23 juin gravé à la surface, avec la précision chirurgicale qui caractérise toutes ses créations.

Le 11 juin, je reçois un message de Lucas :
« Tu as reçu mon cadeau. Tu veux l’ouvrir ensemble ? »

Je ne réponds pas. Je bloque son numéro.

Le 12 juin, je reçois une enveloppe glissée sous ma porte. Pas de timbre, pas de nom. À l’intérieur : une photo. Une photo de moi, dans mon sommeil ; prise visiblement quelques nuits plus tôt, dans mon lit. La qualité est presque artistique. L’angle est doux, la lumière tamisée. Je dors sur le côté, et sur le bas de la photo est écrit à la main :
« Tu es belle quand tu rêves ».

Je commence à pleurer sans même comprendre pourquoi. Ce n’est pas qu’il me menace. Pas directement. C’est pire : Il m’idéalise. Il me place dans un monde à lui, un monde malsain où la tendresse se transforme en prédation.

Le 13 juin, je me résous enfin à ouvrir la boîte.

À l’intérieur, une nouvelle figurine. Mais celle-ci n’est pas en bois. Elle est faite d’une matière étrange, comme de la cire ou du plastique fondu, douce et brillante. C’est encore moi. Nue. Allongée sur le ventre, les bras repliés sous la tête. Et dans mon dos, gravé à même la sculpture :

« Prototype final ».

Il y a aussi une feuille pliée en quatre. J’hésite avant de la déplier. C’est un plan. Un croquis de mon appartement. Mon nouveau. Avec des flèches, des annotations : « passage silencieux », « zone de sommeil »,« vision nocturne ».

Je ne peux plus nier. Il est déjà venu. Plusieurs fois.

Je décide alors de partir. Aller à l’hôtel. Prévenir la police ? Je ne sais pas. Que dire ? « Mon frère me sculpte nue et entre chez moi pendant que je dors ? » On me rira au nez. Il n’a jamais été violent. Juste… présent.

Mais ce soir-là, alors que je fais ma valise à la hâte, j’entends un clic.
Un bruit sec.
Ma porte d’entrée vient d’être verrouillée. De l’extérieur.

Je cours. Je crie. Rien. Je suis à l’intérieur, enfermée. Mon téléphone n’a plus de réseau. Pas de Wi-Fi. Je suis seule. Prise au piège.

Et puis je l’entends. Une voix, à travers la porte :

— « Je suis désolé, mais c’est le seul moyen pour que tu comprennes. »

C’est lui. Lucas.

— « Comprendre quoi ?! » je hurle.

Un silence. Puis :

— « Tu ne peux pas continuer à fuir. Je t’ai reconstruite. Améliorée. Tu seras parfaite, cette fois. »

Des pas s’éloignent. Puis le silence.

Je cours à la fenêtre de la cuisine. Deux étages. Je l’ouvre. Il a cloué des planches à l’extérieur. Je ne peux pas sortir.

Je reviens dans le salon. La boîte. Je la fixe. Et là, je remarque un double fond.

Je le soulève.

Et je découvre un morceau de cuir chevelu sèche, humain.
Le mien ? Non.

Avec un petit mot :
« Prototype précédent : échec émotionnel. Celle-ci sera mieux. »

Je recule, le cœur au bord de l’explosion. Et je comprends. Lucas n’en est pas à son coup d’essai ; il a déjà tenté.
Quelqu’un.
Quelqu’une.
Une autre « moi » ?

Nous sommes le 14 juin.
Il me reste 9 jours.

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