Coincée dans mon propre corps

J’ai envie de raconter ce qu’il m’arrive, j’hésite toujours avant de le faire parce qu’on me regarde toujours comme si j’exagérais.

Je fais des paralysies du sommeil mais pas les petits trucs passagers du genre “j’ai eu un blocage en me réveillant.”

Je fais des paralysies du sommeil à répétition.

Pas une fois par mois.

Pas une fois de temps en temps.

Souvent.

Et plus ça va, plus c’est lourd.

Je ne vois pas d’entité.

Je ne vois pas de silhouette mais à chaque fois je sens que je ne suis pas seule.

Je me réveille dans mon lit, bloquée. Je vois tout, j’entends tout, mais je ne peux rien faire et très vite ça commence.

Les chuchotements.

Trop proches.

Comme si quelqu’un se penchait juste au dessus de moi.

Je comprends pas ce qu’ils disent. C’est pas du français, pas de l’anglais, rien de clair mais je sais que c’est pour moi et que je suis en danger.

J’ai toujours la même sensation, ça se moque, ça murmure comme si j’étais un jouet.

Le pire c’est que je ne peux rien dire, même pas un cri, même pas un geste. C’est comme ci mon corps m’avait quittée, mais que quelque chose d’autre prenait la place.

Parfois je sens des contacts, pas violents mais insistants. Comme des mains invisibles qui me frôlent et qui s’attardent. C’est jamais visuel mais c’est là.

Un soir j’ai même réussi à me mordre le bras, je ne sais pas pourquoi, peut-être par réflexe, peut-être pour me réveiller. Mais je l’ai fait. Au matin, la trace était là, une morsure humaine faite par moi sans aucun doute comme une tentative désespérée de m’arracher à ce qu’il se passait.

J’ai essayé de rationaliser, je suis même allée voir un médecin, il m’a parlé de sophrologie, de relaxation, de stress accumulé. J’ai testé mais rien n’a changé.

Un jour, j’ai brûlé de la sauge dans ma chambre sans vraiment y croire mais j’étais à bout et contre toute attente, ça a marché. Pendant quelques mois, plus rien, silence, calme et sommeil normal.

Puis c’est revenu.

D’un coup mais plus fort comme si le répit avait énervé ce qu’il y a derrière.

Depuis c’est comme si c’était plus agressif, pas violent dans le sens brutal mais vicieux, plus intime, plus précis.

Comme si ça m’apprenait et comme si ça me connaissait.

Mon père aussi fait des paralysies du sommeil mais il n’en parle jamais. Je lui ai dis que j’en faisais aussi, il m’a juste regardée, pas surpris, pas inquiet. Juste fermé et j’ai compris qu’il ne voulait pas en parler.

Parfois j’ai l’impression que juste en parler, les attire.

Je me couche chaque soir en me demandant où ça va aller, parfois je crois que je me suis réveillée, que je me suis levée, que tout va bien mais je suis encore dedans, encore coincée et à chaque fois que je crois que c’est fini, il reste une dernière couche. Un dernier faux réveil, un dernier piège.

Je ne sais plus quoi faire, je suis fatiguée, épuisée et surtout, je commence à me dire qu’il n’y aura pas de solution, qu’il n’y aura pas de fin. Que ce truc est devenu une partie de ma vie. Une présence invisible. Qui me regarde m’éteindre nuit après nuit.

Je n’y arrive plus, je me couche avec la boule au ventre. Je me réveille plus fatiguée que quand je me suis endormie, j’ai l’impression que ça m’épuise, qu’on me gratte quelque chose chaque nuit.

La journée tout est normal, je mange, je souris, je fais semblant mais dans ma tête, je compte les heures. Je redoute la nuit comme on redoute un verdict. Parce que la nuit, ce n’est plus moi. C’est ce monde suspendu où je suis toujours seule, toujours piégée et observée.

Je ne sais plus comment me battre, j’ai tout essayé, je suis à bout. Même allumer la lumière ne me sert à rien parce que ce que je vis, ça ne vient pas de l’extérieur.

C’est dans le sommeil, dans l’interstice, dans l’endroit que personne ne voit.

La vérité est que j’ai peur que ça finisse par me garder, qu’un jour, je m’endorme et que je ne réussisse pas à m’en sortir. Que je reste bloquée là, figée, à pleurer sans pouvoir bouger, à hurler sans que ma gorge ne réponde, le corps immobile, le coeur battant trop fort sans pouvoir crier et qu’aucune aide n’arrive.

Je suis là consciente, prisonnière dans ma propre tête et ça ne finit jamais, et la peur monte quand je sais que ça pourrait arriver ce soir.

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