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Bus hospitalier, 3 septembre 1965, 6:40 Je constate les premières lueurs du soleil et de la rosée matinale depuis ma fenêtre, à mesure que la route fait trembler les suspensions du bus hospitalier. Le bus est bruyant. Les barreaux de fer fixés aux fenêtres grincent sur les vibrations de la route. Tandis que la plupart des autres personnes à bord semblent s’impatienter. Ça fait maintenant cinq heures que je regarde obsessivement l’horloge accrochée au-dessus du conducteur. On semble tous mélangés ensemble : enfants et adolescents. Certains sont calmes, d’autres agressifs, d’autres sont observateurs. Il y a cette fille devant moi qui se tape la tête contre le dossier du siège en face d’elle, son front quasiment en sang. — OUVRE-TOI, JE SAIS QUE T’ES DEDANS ! hurle-t-elle Je peux voir qu’elle est menottée et attachée à son siège. Je préfère ne pas y prêter attention. Île et Institut Psychiatrique de Havenridge, 3 septembre 1965, 13:50 Nous sommes passés par tout un tas d’endroits durant notre voyage en bus. Le plus impressionnant, c’était sûrement la traversée du bus en ferry pour atteindre l’île de Havenridge. On nous a même distribué un plateau-repas durant la traversée. Plateau-repas que certains n’ont pas hésité à jeter par terre. Nous voilà maintenant, pieds à terre, sur une île plutôt banale avec une végétation très fournis, malgré les nuages gris qui dominent le ciel et menacent d’un orage à tout moment. L’air est anormalement froid pour la saison, et le vent ne me facilite pas la tâche. Notre chauffeur nous a donné l’instruction de marcher en suivant le chemin de terre retourné depuis le ferry, pendant que lui s’occuperait de ramener les éléments perturbateurs. Il faut dire que cette île est vraiment paumée, et qu’aucune route n’est adaptée pour un quelconque véhicule. À mesure que l’on avance sur cette route entourée de sapins, je remarque les regards curieux que certains s’échangent. Personne n’ose parler : on sait tous pourquoi on est ici. Institut Psychiatrique de Havenridge, 3 septembre 1965, 16:30 Voilà maintenant presque trois heures que nous marchons. Pendant tout le trajet, une infirmière nous guide et nous surveille. Elle tient un chandelier allumé dans la main, malgré le fait que nous soyons en pleine journée. Le plus intrigant, c’est sa coiffe et ses cheveux, qui ne bougent pas d’un pouce malgré un vent intense. Son regard reste neutre et vide, tandis que son pas est régulier, presque militaire. Malgré notre longue marche, je n’ai aperçu ni entendu aucun oiseau dans cette vaste forêt de sapins. Alors que notre marche suit le rythme de celle de l’infirmière, elle ralentit et finit par s’arrêter. — Bienvenue dans votre nouvelle maison, annonce-t-elle d’un ton neutre avant de reprendre sa marche. Je n’en crois pas mes yeux, et mes nouveaux camarades non plus. Devant nous se dresse une montagne d’environ soixante mètres, dont l’entrée de l’Institut est creusée dans la roche. La façade, en bois et en pierre, laisse voir derrière les grilles métalliques ouvertes… Aucune porte pour couper le vent venu de l’extérieur. — Entrez et rendez-vous dans la salle commune, dit-elle, toujours d’un ton neutre. Institut Psychiatrique de Havenridge, Salle commune, 3 septembre 1965, 16:40 J’entre dans cette immense salle commune, similaire à une chapelle. Les bancs en bois alignés, l’odeur particulière du bois verni, et les lustres suspendus au plafond assurant l’éclairage donnent une ambiance solennelle. Je prends place au deuxième rang, tandis que certains se chamaillent pour obtenir une place au premier. Ils se calment immédiatement en voyant les infirmières monter sur l’estrade, sans sembler remarquer les éléments perturbateurs du bus. Ce qui me frappe, c’est leur ressemblance parfaite avec celle qui nous a guidés. Même peau pâle, même coiffure, même tenue, même taille. Leurs regards sont tous neutres lorsque l’une d’elles s’avance pour prendre la parole. — Bonjour et bienvenue à l’Institut Psychiatrique de Havenridge, dit-elle en s’avançant vers le bord de l’estrade. Elle s’avance et tend une pile de feuilles que nous faisons passer. Lorsque la feuille arrive à moi, je commence à la lire pendant que les infirmières s’éclipsent, nous laissant livrés à nous-mêmes. Elle contient les règles de l’Institut et l’emploi du temps. Règles et précisions de l’Institut Psychiatrique de Havenridge #1 : Le port de l’uniforme est strictement obligatoire. Uniforme bleu pour les garçons et uniforme rose pour les filles. #2 : Le vagabondage après l’extinction des feux est interdit. Vous serez immédiatement reconduits aux dortoirs, quelle qu’en soit la raison. #3 : Manquer de respect aux infirmières est interdit. Vous serez placés en chambre d’isolement en cas d’infraction. #4 : L’accès au sous-sol est interdit, sauf autorisation et accompagnement d’une infirmière lors d’une situation dangereuse pour le bâtiment. #5 : La prise de médicaments est à votre bon vouloir, même si nous vous recommandons de les prendre. #6 : Les chambres peuvent compter de deux à six lits et sont en choix libre chaque nuit. Nous vous recommandons de fermer vos portes à clé et d’ignorer les bruits dans les couloirs : nous avons une invasion de rongeurs. #7 : Pour les chambres avec fenêtres, nous vous recommandons de les garder fermées la nuit pour éviter les courants d’air et les animaux nocturnes qui pourraient se cogner à votre vitre. #8 : Merci de rester respectueux avec vos camarades durant la journée. Des sanctions seront appliquées dans le cas contraire. Des caméras sont présentes un peu partout dans l’institut pour assurer votre sécurité. Emploi du temps (valable pour tous les jours) 5:00-7:00 : Petit-déjeuner ——————————————————– Merci d’avoir lu ce premier chapitre, les autres chapitres seront disponibles sur les plateformes suivantes (liens vers mon profil) : submitted by /u/Adam_Philips_Fr |
