Je ne sais même plus à quel moment j’ai cessé de me sentir à l’aise. Au début, c’était simple. On faisait le même métier. Il était juste une connaissance parmi d’autres, le genre de contact qu’on garde “au cas où”, professionnellement. Et puis un jour, “au cas où” est arrivé : il a transmis mon CV. J’ai été prise. J’ai commencé ce nouveau job grâce à lui. Je l’ai remercié sincèrement. Il avait été bienveillant. Il m’a aidée à m’intégrer, à comprendre les codes internes, les habitudes, les gens. On est devenus amis, enfin… je croyais. On discutait souvent au travail, parfois même en dehors. Je ne voyais rien d’étrange. Rien d’alarmant. Pas tout de suite. Mais quelque chose a changé. Petit à petit, il a commencé à m’écrire sans arrêt. Il commentait mes publications, mes stories, mes messages. Il savait toujours où j’étais, ce que je faisais. Il me parlait comme si je lui devais quelque chose. Comme si, parce qu’il m’avait aidée, j’étais à lui. Comme si mon attention lui revenait de droit. Et puis il est tombé amoureux. C’est lui qui me l’a dit. Moi, je n’avais rien vu venir. Je n’avais rien provoqué. J’ai essayé d’être claire. Je n’étais pas intéressée. Je ne voulais pas lui faire de mal, mais je ne voulais pas lui mentir non plus. Il a dit qu’il comprenait. Mais il ne comprenait pas. Il a commencé à s’agacer quand je parlais avec des collègues masculins. Il faisait des remarques. Il me demandait pourquoi je riais avec eux. Il voulait savoir ce qu’on se disait. Il devenait froid, distant, passif-agressif. Et toujours… toujours présent. Le jour où je l’ai vu, à l’angle de ma rue, j’ai senti quelque chose se briser en moi. Il ne m’avait pas prévenue. Il n’avait aucune raison d’être là. Il ne m’a même pas parlé. Il est resté à distance. Il m’a juste observée. Comme s’il vérifiait que j’étais bien chez moi. Que j’étais seule. Il m’a suivie jusqu’à chez moi. Ce n’était pas un hasard. Ce n’était pas une coïncidence. Ce n’était plus juste de l’insistance. C’était une intrusion. Une violence silencieuse. Et c’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais peur. Pas peur d’un inconnu dans la rue. Peur de quelqu’un que je connaissais. Quelqu’un à qui j’avais fait confiance.
Chapitre 2 : Le Masque tombe Je savais que je devais lui parler. L’ignorer ne suffisait plus. L’éviter devenait impossible. Il avait franchi une limite. Alors je l’ai confronté. Calmement. Sans colère, mais avec fermeté. Je lui ai dit que son comportement n’était pas normal. Que ce qu’il faisait me mettait mal à l’aise. Que ce n’était pas de l’amour, ni de l’amitié, c’était du contrôle. Du harcèlement. Il l’a mal pris. Évidemment. Il a nié. Puis il s’est énervé. Il a dit que j’exagérais, que j’étais parano, que je me faisais des films. Il s’est posé en victime. Il a dit qu’il avait juste “voulu m’aider”, qu’il avait “toujours été là”, que c’était “moi qui l’avais laissé croire des choses”. C’était ma faute, selon lui. Et puis, sans que je m’en rende compte, il a commencé à parler dans mon dos. Il a raconté des choses fausses à mon sujet. Des horreurs. Il a semé le doute parmi mes collègues. Il disait que j’étais instable, que je faisais des avances à tout le monde, que je manipulais les hommes pour réussir. Il distillait son venin doucement, avec ce ton calme et posé qu’il savait adopter quand il voulait avoir l’air crédible. Et ça a marché. Pendant un moment. Je sentais les regards changer. Je voyais les silences s’installer autour de moi. Je n’étais plus à ma place. J’avais honte, alors que je n’avais rien fait. J’avais envie de hurler, de tout expliquer. Mais comment prouver l’intention ? Comment démontrer la manipulation quand elle est faite avec le sourire ? Il est même venu me voir, encore une fois, pour me dire que lui “voulait juste me défendre”, qu’il “avait toujours été de mon côté”. Que si on parlait mal de moi, ce n’était sûrement pas à cause de lui. Mais la vérité, elle a fini par éclater. Les contradictions dans ses propos. Les messages qu’il avait envoyés. Les témoignages d’autres collègues qui avaient vu, entendu, compris. Petit à petit, les gens ont ouvert les yeux. Ils ont vu ce que moi, j’avais mis des semaines à oser nommer : il était un manipulateur. Certains sont venus me parler. Me dire qu’ils étaient désolés, qu’ils n’avaient pas compris, qu’ils auraient dû voir plus tôt. Ils se sont excusés. Pas tous. Mais ceux qui comptaient l’ont fait. Et moi, pour la première fois depuis longtemps, j’ai respiré. Pas parce que tout allait mieux. Mais parce que j’étais enfin crue.
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